 Tout est gris depuis deux jours, gris et immobile, et il neige très finement, un temps de loups ! Mais je suis bien. Ici le feu prend tout son sens ; le feu pour se chauffer (il fait -15 dehors), le feu pour les songes et aussi pour avoir envie de rentrer quand on s’aventure au loin.
J’ai commencé un tableau et j’ai beaucoup de mal avec la lumière qui chamboule toutes mes habitudes visuelles. Ce qui est extrêmement blanc en Bretagne prend ici une teinte pâle, grisâtre et le blanc du tube est une malheureuse convention. Je me sens bien limité avec tout mon attirail, les médiums, les vernis ! Mais peut-être va-t-il se passer quelque chose ? Parce que j’aime cette lumière et si j’aime, j’arrive toujours à rendre compte d’une émotion visuelle. Sans doute faut-il un peu de temps.
Lettre de Finlande Tôt le matin, tout est argenté. Et quand le soleil se lève dans le ciel froid, il fait scintiller le givre sur les branches de bouleaux. Ce sont alors de petites gouttes de lumière qui tombent sur la neige. Tout est encore bleu-argenté. Plus tard, quand le soleil passe un peu plus haut, ce sont les sapins qui s’illuminent de leurs verts tendres ou profond ; les jeunes et les vieux. Le ciel prend alors cette teinte bleue qui rend si blanche la neige, et ce blanc va porter les couleurs environnantes au degré extrême de leur transparence.
C’est affolant pour l’oeil qui instinctivement cherche l’ombre pour se reposer, et quand il retourne à la lumière, c’est un kaléidoscope vertigineux. Le ciel est soudainement bleu- sombre, les couleurs dansent, et ce blanc devient violemment insupportable. Le soleil continue sa course et va bientôt s’embraser dans le ciel d’une façon extravagante. La neige est rose pâle et les ombres sont bleues violettes, les arbres gardent encore un peu de leur vert. Seuls les bouleaux lancent des traits blancs dans le ciel, et tout sombre dans la nuit étoilée.
J’espère que cette beauté ne se refusera pas pour accomplir mon petit travail. C’est la grâce que je demande… 
1986
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