poeme
L'ailleurs

L'oeuvre peint de Jean- Luc Bourel, pour ceux qui le connaissent aussi bien que pour ceux qui le découvre, ne cesse de nous interpellerà! Tout d'abord, par la constance de sa thématique, mais aussi par la déclinaison sans cesse renouvelée de celle-ci.

Oui, il y a là certes une obsession, pour ne pas dire une quête, celle d'un ailleurs qui ne cesse de hanter le peintre. Cet ailleurs m'a toujours fait songer à ce que le poète Yves Bonnefoy a su nommer l' Arrière-Pays, c'est-à-dire un au-delà de nous-mêmes que nous n'avons cesse de rejoindre, quand bien même nous le portons en nous..!

Et cet ailleurs n'est-il pas l'interrogation première de l'être quant à sa présence au monde ? Présence inexpliquée, aux fondements secrets, que l'homme n'a cessé de vouloir interpréter et réduire à des causalités diverses.

"Ut pictura poésis" ! Et c'est bien ici, en effet, que poésie et peinture se rejoignent pour dire au mieux ce mystère qui, en son paradoxe, nous fonde. La poésie par ce pouvoir sur le verbe qui est le n¶tre et qui se risquant au dehors de nous-même, nous échappe ; la peinture par ce geste du peintre qui tente de dire la présence de l'invisible.

Jean-Luc Bourel se révèle bien aussi l'héritier des peintres qui, de Nicolas Poussin aux romantiques allemands ont vécu ce raptus, c'est-à-dire cet élan vers le cosmique dont l'emprise est telle qu'il justifie une vie de création. Création inépuisable à l'image du désir qu'elle porte en elle.

Patrick Zeyen





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